La Mer, une menace pour nos côtes: montée des eaux et érosion marine

Intervention du 9 Décembre 2014 lors des Mardis de la Mer 

Intervenants :

-       Yvonne BATTIAU QUENEY de EUCC France

Agregé de Géograhie, Docteur d’Etat Esles, Professeur à l’unité de formation et de recherche à l’université de Lille, puis directrice de l’université de Recherche et de Géographie.

-       Christine CLUS AUBY de EUCC France

EUCC, est une ONG internationale qui a pour but de renforcer les liens et le dialogue entre les populations, les élus locaux et les différents gouvernements. Cette ONG fait donc remonter les besoins et les inquiétudes des populations locales victimes des dangers de la mer. Elle a également une vocation à diffuser des connaissance et des résultats de recherche et une réelle volonté de sensibilisation à la protection des littoraux et de l’environnement.

Depuis quelques années, les vagues de submersion sont de plus en plus importantes en France, ce qui donne lieu à de nombreuses inondations (comme nous avons pu le constater il

y a quelques semaines encore).

Le danger de la montée des eaux est un sujet qui mobilise les médias, le public et surtout les populations locales qui sont les principales victimes de ce phénomène.

Si la mer si est une menace pour certains, elle a toujours intéressé l’Homme et principalement les scientifiques, c’est surtout un attrait : on est attiré par la Mer.

1)    Comment fonctionne le système côtier ?

La côte est un élément d’un système très complexe, c’est pour cela qu’il vaut mieux employer le terme de système côtier.

Elle n’est qu’un instantanée dans un espace mouvant par nature. Sa mobilité s’observe à toutes les échelles temporelles et géologiques.

De nouvelle façades océaniques, dont celles de l’Atlantique sont nées il y a 180 000 millions d’années. Les variations à cette époque la dépendent surtout de la variation des calottes glacières.

-       L’échelle du quartenaire: a duré 1 milliard 600 millions d’années, les variations à cette époque la dépendent surtout de l’extension des calottes glacières continentales.

A cette époque, le Rhin avait comme affluent, la Seine, la Tamise et allait rejoindre la côte au Nord de la Bretagne. Ce grand système fluviatile est très important, puisqu’il a laissé de nombreux sédiments qu’on retrouve actuellement dans les fonds marins de la Manche et qui interviennent dans l’alimentation des plages de la façade Nord Atlantique.

-       L’échelle de l’holocène: les 10 derniers milliers d’années. Forte mobilité là aussi.

Il y a 9000 ans, une grande partie de la Mer du Nord était exandée. En 1996, cette zone se trouve sous le niveau de la mer et est donc submersible, même si une grande partie est déjà sous l’eau.

-       L’échelle décènalle ou pluri-décènalle. Mobilité très importante des traits de côte.

La Cap Ferret a énormément changé de forme au cours du temps. Comme il s’agit d’une pointe, ce ne sont pas toujours les mêmes zones qui sont submersibles.

-       Echelle tidale: à beaucoup plus court terme, correspond au cycle des marées.

Les cellules géomorphologiques sont influencées par de nombreux phénomènes, comme l’énergie solaire, la tectonique des plaques, mais surtout l’énergie.

Le vent créer la houle et les courants côtiers.

La conséquence est donc la prise en charge de sédiments par le vent, sédiments qui sont ensuite transportés par les courants et vont se cumuler ailleurs.

Les marais sont très importantes pour cela car elles créent des flux et des déplacements de matières qui créent à la sois des accumulations de sédiments et de l’érosion.

-> Mobilité du trait de côte.

L’Homme peut intervenir sur le système

-       en réduisant la force des courants

-       facilité la répartition des vagues par des brises lames

-       intervention avec des matériaux comme les barrages dans les rivières

-       et ouvrages qui facilitent le déplacement des sédiment : digues, épis…

Système côtier a toujours une dune, qui est toujours en contact direct avec la plage. Car ce sont des réservoirs de sédiments qui vont intervenir dans le fonctionnement du système côtier.

Fonds marins de faible profondeur vont intervenir dans le fonctionnement du système côtier.

Rôle essentiel des tempêtes dans le fonctionnement de marais. Possibilité de sur-côte, c’est à dire que le niveau marin est supérieur à celui prévu quand les pressions sont faibles, ou que les vents sont dirigés vers la côte.

->L’énergie des vagues est proportionnelles au carré de leur hauteur.

Les vagues les plus fortes peuvent déferler plus loin et considérer de façon plus importante à l’érosion.

Conjonction marée de vive eau et tempête est ce qu’il y a de plus efficace pour le fonctionnement du système côtier, c’est là on l’on voit une plus grande évolution dans les traits de côte, surtout quand plusieurs tempête se succèdent (ce qui s’est passé cette année et qui a eu un impact catastrophique sur les populations).

Le système côtier fonctionne par à-coups

La force éolienne est aussi très importante car elle permet des déplacements de matériaux.

Quand il n’y a pas de marée, les tempêtes sont presque toutes efficaces, c’est à dire conjugué avec des marais de vive eau.

Elle permet la construction de dunes par le déplacement du sable.

Importance de la solidarité du système côtier : ce qui est sous l’eau, la dune, la falaise (qui produit des matériaux qui vont ensuite arriver dans l’eau et être transportés par le système côtier, estuaires, deltas…

Pb : ajd on s’arrête aux pb administratifs. Faune sous marine indispensable au bon fonctionnement du système côtier et alimente la plage, de même que la dune qui est un réservoir de sable et permet à la plage de se regènerer en sable. Les dunes se créent par le transport de sable, sable qui est ensuite redistribué après la tempête = forme d’accumulation.

-> Rien ne se perd dans la nature.

Idéalement, il faut un équilibre total entre l’accumulation et l’érosion.

Mais exceptions d’origine :

-       naturelle =  sédiments dans les grottes profondes sont entraînés vers le large, ou quand le sable est transporté dans les terres.

-       Humaines = ces pertes sont les plus massives et les plus grave pour le système côtier: extraction de sable et de granulats sur les dunes… Interdit en France, mais existe encore dans de nombreux pays.

Le problème des ces extractions et de ces déplaçements, est qu’ils entrainent un déséquilibre du “budget sédimentaire” qui est la moyenne entre les apports et les extractions de sédiments de la cellule. Selon qu’il et déficitaire ou excédentaire, celà détermine les variations du traits de côte.

-       Déficitaire à l’échelle naturelle = réduction de l’apport fluviatile à la fin de l’époque glacière. Ce qui est grave est que cet apport fluviatile est aujourd’hui très peu renouvelé: c’est un héritage de la dernière période froide.

-> Ressources en sédiment essentiel ! Non renouvelé, donc il faut l’utiliser avec partimonie.

-       Equilibré = stabilité parfaite du trait de côte. Avancés et recul presque insignifiant.

Quand on dilapide le budget sédimentaire, rien ne va plus.

Respecter la mobilité naturelle.

Les côtes artificialisées posent des questions, et les responsables se demandent si il faut continuer à construire des épis, des digues… Les experts de l’environnement, eux,  pensent qu’il vaut mieux laisser vivre les dunes qui peuvent de façon naturelle réguler la montée des eaux.

Cependant à Calais, 28 millions d’euros en 17 ans pour installer des épis… 24 nouveaux épis en projet.

=> Chaque site littoral est un cas particulier qui a son propre système côtier, plus ou moins complexe. L’érosion des côtes n’est pas inéluctable, dans certains cas le budget sédimentaire est équilibré et les ressources naturelles aussi.

Il ne faut donc pas dilapider les ressources sédimentaires = message principal.

Système a besoin d’un espace de liberté, alors que beaucoup d’entre eux sont bloqués par la roche.

=> Il faut donc bien gérer les sédiments côtiers.

2)    La montée des eaux et l’érosion.

La montée des eaux et la conséquence du changement climatique.

Elevation de la température, qui s’est élevée d’environ 1,2 degrés depuis 2000 ans. Durant cette période, il y a eu des périodes plus ou moins froides.

-       Notamment l’optimum climatique médiéval, puis le PAG. La différence de température par rapport à celle actuelle n’était en définitive pas énorme.

-       Zoom sur les 128 dernières années, élévation de la température de 1 degrés depuis 1950. (1,3°c en 2001) = accélération de l’augmentation de la température.

Estimation du GIEC (rapport novembre 2014) sur la température sur Terre d’ici la fin du siècle, qui pourrait s’élever de façon considérable. Etude en fonction des perspectives économiques mondiale et de l’utilisation plus ou moins importante du CO2.

-       Scénario optimiste (peu probable), dans laquelle l’utilisation de gaz à effet de serre serait restreinte et où la température augmenterait de 1 à 2 degrés.

-       Scénario avec forte émission de CO2 qui correspond à nos habitudes actuelles : notre utilisation actuelle des combustibles fossiles. Dans ce cas, la température serait beaucoup plus élevée entre 4 et 6 degrés.

Elevation de la température conduit a une augmentation du volume des océans: dilatation thermique.

Augmentation du niveau, dûe à une augmentation de la masse d’eau venant de la fonte du glacier des montagnes et des calottes polaires. (ex: disparition des neiges éternelles au Kilimanjaro).

A quelle vitesse le niveau marin s’élève-il ?

Au cours du XXe siècle, il s’est élevé de 10 cm, soit environ 1,7 mm par an.

Entre 1993 et 2012, il s’est élevé de 6,5 cm, soit environ 3,2 mm par an. C’est à dire une vitesse près du double de la vitesse du siècle precèdent.

Niveau moyen à l’échelle du globe, or les océans ne sont pas plats : creux, bosses…

Ce qui nous importe n’est pas le niveau au milieu de l’océan, mais celui sur la côte : le niveau relatif de la mer mesuré par les marégraphes.

Pour le siècle qui vient GIEC dit que le niveau marin devrait s’élever entre 30 cm et 1 m environ d’ici 2100, en fonction de l’utilisation des énergies fossiles. Eaux salées penètreront plus fortement dans les estuaires, on aura une salinisation des terres, de grandes étendues seront salifiées.

Tempêtes, phénomène naturel et normal, il faut faire avec.

La mobilité des côtes vient des ressources en sédiment.

L’érosion : devient un risque.

-       côtes rocheuses, à falaises, qui sont une forme d’érosion. Elles reculent par à coup, effondrement, glissement, éboulement… Par moment des paquets de falaise tombent dans la mer : entraîne une quantité importante de sédiment qui va tomber dans la mer. Mais ceci n’est pas perdu, puisque ces sédiments sont ensuite transportés par les courants marins et déposés un peu plus loin pour alimenter une plage.

=> L’érosion d’une zone alimente l’acrètion dans un autre secteur.

Le problème est quand la zone qui s’effondre est anthropisé, il s’agit d’un aléa naturel. C’est un enjeux que nous transformons en danger en installant des maisons dans les zones à risques. Les habitants de ces zones doivent être indemnisés et relogés.

-       côtes sableuses et les dunes littorales sont des systèmes d’accumulation, qui nourrissent la plage.

Naturellement, le paysage se décale longitudinalement vers l’arrière au cours du temps.

Urbanisation d’un côté et avancée de la mer de l’autre correspond à un télèscopage côtier, qui diminue l’espace océanique. Evolution du littoral en France métropolitaine :

-       érosion : 24,2 %

-       stabilité côtière : 43,6 %

-       acrètion : 9,5 %

 

Quelles stratégies adopter face à l’érosion ?

-       La surveillance et l’accompagnement de l’évolution des espaces naturels.

-       Le deplaçement des biens et des activités.

-       La lutte active pour la protection des zones urbaines, et particulièrement celles aux grands intérêts économique et patrimonial.

-       Utilisation de techniques douces : le ré-ensablement.

-       Utilisation de techniques dures : la suppression des plages, qui sont pourtant un grand levier de l’activité économique.

 

En conclusion:

=> La côte n’est pas une ligne figée à jamais, mais un espace continu de solidarité terre-mer, qui se déplace au cours du temps.

=> L’érosion marine de la période actuelle n’affecte que moins d’un quart des rivages métropolitains.

=> L’élévation attendue du niveau marin augmentera le recul des espaces déjà en érosion.

=> Les problèmes sont nés de notre installation sur des rivages en mouvement. En effet nos installations anciennes étaient limitées. Elles se sont énormément développées depuis le milieu du XXe siècle.