Erosion marine à Soulac sur Mer : adopter une logique d’estuaire.

 

Dans les phénomènes d’érosion maritime, cela peut sembler être une évidence, la cause principale est l’océan.

L’océan ne représente pas une menace en lui même, mais les forces qu’il génère concourent à provoquer les mouvements de sable qui sont la source de l’érosion. Ces forces sont la houle et les vagues, les marées et les courants.

Ainsi, l’hiver 2013, sans présenter de fait climatique hors du commun comme Xynthia en 2009, a vu la succession de plusieurs tempêtes en Atlantique nord génératrices d’une houle forte et durable qui a véritablement « cogné » le littoral pendant près de deux mois, entraînant un recul du trait de côte très important, notamment à Soulac sur Mer.

S’il faut rappeler le rôle de l’océan, ce n’est pas seulement pour désigner un coupable, mais bien pour changer notre attitude vis à vis des phénomènes d’érosion et adopter résolument un point de vue maritime. Constater, retarder, empêcher ou contourner le recul du trait de côte sont nécessaires mais pas suffisants, en ce que l’on s’attacherait seulement alors à guérir les symptômes. Il faut également rechercher les causes, c’est à dire comprendre les phénomènes qui, en mer, provoquent cette érosion.

Pour cela, on doit avant tout disposer de données, fiables, récentes, régulièrement mises à jour dans les domaines de la bathymétrie, de la courantologie, de la nature des fonds et de l’évolution des bancs de sables et des dunes.

Or de telles données font aujourd’hui cruellement défaut, au large de Soulac sur Mer !

La situation de Soulac sur Mer est pourtant très singulière, car située en bordure d’une zone complexe, comme le sont les zones de convergence des grands estuaires (ici la Gironde) avec l’océan. L’équilibre environnemental y est fragile, la navigation délicate parfois dangereuse, l’activité économique importante (pêche, transports de passagers, plaisance) et surtout elle est le point d’accès au grand port de Bordeaux (porte-conteneurs, caboteurs, paquebots). Ce dernier ajoute une complexité supplémentaire, car l’accès à un grand port doit être régulièrement contrôlé et dragué à une profondeur suffisante.

Autre élément propre à Soulac sur Mer, la présence de bancs de sables (les Olives au SW et les Chevriers à l’W) et du platier de Cordouan (cf carte) qui protègent le littoral, notamment à marée basse contre les effets de la houle du large.

Soulac sur Mer se situe donc le long d’une aire maritime qu’il faut absolument appréhender dans son ensemble, c’est à dire sensiblement dans un triangle allant de la pointe de la Coubre au Nord, à celle de la Négade au Sud et jusqu’à Meschers plus à l’intérieur de l’estuaire. Ne regarder que devant la plage de Soulac sur Mer serait une erreur et il faut adopter ici une vision d’estuaire, englobant tout à la fois les deux rives charentaise et médocaine, l’économie d’ensemble et les caractères propres aux eaux douces de la rivière et salées de l’océan.

Face à cette difficulté, nous ne sommes pas démunis et avons la chance de disposer en France et en Europe d’un service compétent de renommée internationale le Service Hydrographique et Océanographique de la Marine (SHOM). Ses missions prioritaires vont au profit du ministère de la Défense, mais il a aussi une mission de « soutien aux politiques publiques et aux acteurs de la mer et du littoral ». Ce service, comme tous les grands services est très sollicité, il a notamment un plan de charge établi pour plusieurs années défini selon les priorités.

L’APSEM pense qu’il faut maintenant, après les tempêtes de l’hiver 2014, accorder une grande priorité à l’estuaire de la Gironde et obtenir que le SHOM entreprenne d’urgence plusieurs campagnes de mesures, afin de comprendre et d’analyser l’évolution des fonds marins et du trait de côte dans le temps.

La prise en compte d’une logique d’estuaire, interdépartementale, régionale et européenne, en cohérence avec les actions déjà engagées sur les grands estuaires dans le monde sera mieux à même d’apporter des solutions pérennes et de réunir les moyens financiers nécessaires.

La création à Soulac sur Mer d’une zone pilote sur un des espaces littoraux européens les plus attaqués par l’érosion marine, permettrait d’étudier des solutions maritimes s’appuyant notamment sur la présence de bancs de sable protecteurs au large.

Pour l’APSEM, on ne lutte pas contre l’océan, mais on compose avec lui, comprendre et rassembler est essentiel à la mise en place de mesures efficaces.

 

 

 

carte

 

extrait de la CARTE MARINE ATLANTIQUE N° 7426 L

De la Pointe de la Coubre à la Pointe de la Négade - Embouchure de la Gironde

Collection : SHOM